L’utilisation de Gingko, Prozac et Focalin comme « traitement » dans la trisomie 21 (syndrome de Down)

Une combinaison de médicaments recommandés contre la dépression, les troubles de l’attention et l’hyperactivité est promue comme « traitement » du syndrome de Down par la « Changing Minds Foundation ». Il n’y a pas de preuve scientifique permettant l’usage régulier de cette combinaison de médicaments par les personnes atteintes du syndrome de Down. Il est important que les familles concernées et les professionnels de santé sachent qu’il n’y a pas de preuve suffisante ni quant à la sécurité ni quant aux bénéfices de l’usage de ce traitement.

doi:10.3104/statements.2112


Introduction

Nous sommes un groupe de professionnels de santé, de scientifiques qui voulons apporter tout notre savoir et notre soutien aux personnes atteintes du syndrome de Down. Nous souhaitons fournir aux familles des informations sur un « traitement » du syndrome de Down proposé. Nous savons que tous les parents souhaitent améliorer la vie de leurs enfants atteints du syndrome de Down et sont intéressés par les traitements, thérapies et interventions pouvant les aider. Nous respectons ces souhaits mais en même temps, nous nous sentons concernés par le fait que ces « traitements » peuvent être potentiellement dangereux.

Nous sommes tous au courant des progrès scientifiques réalisés pour une meilleure connaissance fondamentale du cerveau, de la mémoire et des fonctions cognitives grâce à l’utilisation des modèles animaux du syndrome de Down. Nous sommes pleins d’espoir concernant ces études qui pourront conduire à de nouvelles voies pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de trisomie 21.

Médecins et scientifiques évaluent les traitements potentiels en se basant sur la  sécurité et les bénéfices pour les patients. Comme décrit ci-dessous, les « traitements » que « Changing Minds Foundation » recommande n’ont pas passé l’une ou l’autre de ces évaluations: il n’y a pas d’information montrant que ces produits sont sans risque pour les enfants, et spécialement pour les jeunes enfants. De plus, il n’y a pas vraiment de preuve permettant de montrer les bénéfices qui découleraient du traitement.

Parce que nous nous soucions de vos enfants, nous demandons instamment aux familles de tenir compte de ces informations lorsqu’elles réclameraient ce traitement.

Le protocole

Une organisation appelée Changing Minds Foundation est en train de promouvoir un « nouveau traitement contre le Syndrome de Down » qui conduit à des résultats concernant le « changement de vie ». Le « traitement » inclut des doses régulières de Fluoxetine (Prozac), de Dexmethylphenidate (Focalin XR) de Gingko biloba, de Phosphatidylcholine, « Body Bio Balanced Oil » et d’acide folinique. Certaines de ces substances sont associées à des effets secondaires potentiellement néfastes. Certains de ces effets secondaires concernent particulièrement les personnes atteintes du syndrome de Down et les jeunes enfants.
La fluoxetine (Prozac) est utilisée comme traitement de la dépression, du syndrome obsessionnel compulsif, de la boulimie nerveuse et de la panique pathologique.

Le dexmethylphenidate (Focalin XR) est utilisé pour le traitement des troubles de l’attention et l’hyperactivité (ADHD). Leur usage devrait être prescrit et surveillé par un médecin qualifié et devrait être limité aux applications et traitements formellement approuvés par les autorités gouvernementales et les agences d’autorisation de mise sur le marché des médicaments.

Effets du traitement et sécurité

Il n’existe pas de preuve scientifique montrant que l’un de ces protocoles permet d’améliorer les fonctions mémorielles et cognitives des personnes atteintes du syndrome de Down et ce quelque soit leur âge. Il n’existe pas non plus de preuve montrant que ce protocole utilisé régulièrement est sans risque pour les personnes atteintes du syndrome de Down.

Les quelques études publiées qui soutiennent ce protocole sont des études réalisées sur des souris. Ces souris ont été manipulées pour porter des copies supplémentaires de certains gènes homologues à ceux du chromosome 21 humain. (Les personnes atteintes par le syndrome de Down possèdent une copie supplémentaire de ce chromosome). Ces études ne peuvent être que dans une certaine mesure de bons indicateurs des aspects de mémoire et d’apprentissage pour les personnes atteintes par le syndrome de Down. Les études effectuées seulement sur des souris modèles ne sont pas suffisantes pour apporter les éléments permettant l’usage de ce protocole (ou d’autres) pour des enfants ou des adultes atteints du syndrome de Down.

Les vidéos promotionnelles de Changing Minds Foundation ne donnent pas les preuves des bénéfices prétendus obtenus par l’usage du protocole. Certes les personnes que l’on voit sur la vidéo ont de bonnes performances, celles-ci sont néanmoins dans la gamme de celles que l’on voit pour certaines autres personnes atteintes de ce syndrome.

Les prétendus changements induits par le « traitement » peuvent être le résultat de plusieurs facteurs. Seul un essai clinique rigoureusement contrôlé peut donner des preuves claires sur les effets du traitement.

Progrès scientifiques

La recherche scientifique a augmenté considérablement en 30 ans notre compréhension du syndrome de Down. Ceci a conduit aujourd’hui à une meilleure prise en charge médicale et éducative pour la plupart des personnes atteintes. Les associations et les scientifiques sont nombreux à continuer à travailler pour augmenter notre connaissance et notre compréhension des voies les plus efficaces pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes du syndrome de Down.

Bien que la lenteur des progrès soit frustrante, c’est seulement une recherche précise et des essais rigoureusement contrôlés qui peuvent donner les preuves nécessaires pour démontrer qu’une thérapeutique est utile et sans risque.

Compléments d’informations

Ginkgo

Bien qu’il ait été montré que le bilobalide, un des composants du Ginkgo Biloba, soit un antagoniste du GABA, cette activité n’a été testée que sur des cellules isolées et seulement sur un sous-type de récepteurs GABAnergiques. Aucune étude contrôlée n’a été réalisée sur des animaux ou des personnes, permettant d’établir les doses à utiliser et de prouver les effets bénéfiques.

Fluoxetine (Prozac)

L’action de la fluoxetine sur la croissance des cellules neuronales mise en évidence dans une région du cerveau des souris Ts65Dn n’a pas été réalisée chez des personnes. Il existe certains rapports montrant que l’utilisation du Prozac lors de la grossesse peut être dangereuse pour le fœtus. On ne connaît pas son impact potentiel sur le développement neuronal du bébé ou du petit enfant. Une augmentation généralisée et non contrôlée de la croissance neuronale, surtout sur une longue période n’est pas forcément une bonne chose.

Dexmethylphenidate (Focalin XR)

L’utilisation de ce stimulant doit être considérée avec précaution surtout pour les enfants qui ont des anomalies structurales cardiaques , or c’est le cas de presque la moitié des enfants atteints de trisomie 21. Son utilisation n’est pas recommandée pour des bébés ou de très jeunes enfants.

Acide folinique

Il a été montré qu’un apport en acide folinique n’a aucun effet en terme d’amélioration mesurable du développement des bébés et des enfants atteints de trisomie 21.

Utilisation d’un traitement « non labélisé »

Les familles et les professionnels de santé doivent comprendre que l’utilisation de ce  protocole est aujourd’hui essentiellement expérimental, et aucun des bénéfices n’a été démontré dans un essai contrôlé. Les effets nocifs seraient de la responsabilité du médecin prescripteur, et personne ne pourrait recueillir l’information nécessaire pour déterminer les risques réels. De façon symétrique, les effets positifs de ce traitement ne pourraient être recueillis de façon crédible et être utilisé par des professionnels de la santé afin d’en déterminer la valeur.

Alors qu’il n’y pas encore de preuve de l’efficacité de ces traitements pour les personnes atteintes de trisomie 21 (syndrome de Down), des risques significatifs existent.

Liste des scientifiques et cliniciens ayant endossé cette déclaration:

  • Roel Borstlap, Paediatrican n.p., Stichting Downsyndroom, The Netherlands.
  • Sue Buckley OBE. Director of Science and Research, Down Syndrome Education International and Emeritus Professor of Developmental Disability, University of Portsmouth, UK.
  • William I Cohen, MD. Developmental-Behavioral Pediatrician, Director, Down Syndrome Center of Western PA Children's Hospital of Pittsburgh of UPMC, Professor of Pediatrics and Psychiatry, University of Pittsburgh School of Medicine, USA.
  • Sindoor S Desai, BDS, Cleveland, New York, USA.
  • Jesús Flórez, MD, PhD. Professor of Pharmacology, University of Cantabria School of Medicine, Santander, Spain.
  • Sallie Freeman, Ph.D. Professor Emeritus. Down Syndrome Clinic Advisor, Department of Human Genetics, Emory University School of Medicine, Georgia, USA.
  • Edward J Goldson, MD. Pediatrician, The Children's Hospital, Aurora, Colorado, USA.
  • Lilliam Gonzalez de Pijem, MD. Pediatric Endocrinologist. Puerto Rico Down Syndrome Association, San Juan, Puerto Rico.
  • Joan E Guthrie Medlen, RD, LD. Vice President Down Syndrome Education USA, Director, Disability Compass, Publisher, Phronesis Publishing, Author, The Down Syndrome Nutrition Handbook.
  • Rob Hanson, MD, PhD. Pediatric Cancer and Hematology Center, St. John's Mercy Medical Center, St. Louis, Missouri, USA.
  • Michael M Harpold, PhD, Chief Executive Officer, Down Syndrome Research and Treatment Foundation, USA.
  • Jacqueline London, Professor of Molecular and Pathological Biochemistry, University Paris-Diderot, Paris, France.
  • Acisclo M Marxuach, MD. Fundación Puertorriqueña Síndrome Down, San Juan, Puerto Rico.
  • Philip J Mattheis, MD. Associate Professor, Cincinnati Children's Hospital Medical Center, Ohio, USA.
  • William C Mobley MD, PhD. Professor, Department of Neurology and Neurological Sciences and Director, Center for Research and Treatment of Down Syndrome, Stanford University, California, USA.
  • David Patterson, PhD. Professor, Department of Biological Sciences, Eleanor Roosevelt Insitute, University of Denver, Colorado, USA.
  • Alberto Rasore-Quartino, Professor, Unit of Neonatology, Galliera Hospital, Genoa, Italy.
  • David S Smith, MD. Program Director, Down Syndrome Clinic of Wisconsin Children's Hospital, Wisconsin, USA.
  • Dr Renaud Touraine, CHU-Hôpital Nord, Service de Génétique, Saint Etienne, France
  • Jeannie Visootsak, MD, FAAP. Assistant Professor, Developmental-Behavioral Pediatrics, Department of Human Genetics & Pediatrics, Emory University School of Medicine, Georgia, USA.
  • Patricia White, MD, Chair, Board of Directors, Down Syndrome Research and Treatment Foundation, USA.

This statement is endorsed by the following organizations:

Distribution de cette déclaration

L’utilisation de Ginkgo, Prozac et Focaline comme »traitement » dans le syndrome de Down  a une autorisation dans les limites d'une licence spéciale: 

Creative Commons Attribution-No Derivative Works 3.0 Unported License.

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